6°) Le XIXème siècle: Le chemin de fer, le canal.

Le chemin de fer, ligne de Langres à Dijon.

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La construction d'une ligne reliant Langres à Dijon par Is sur Tille fut projetée dès 1846, mais sa réalisation n'eut lieu qu'après la mise en exploitation des lignes Paris-Mulhouse et Saint-Dizier-Gray.

Trois itinéraires avaient été proposés. Il fallait que le trajet entre Langres et Dijon fût le plus court possible et que le prix de revient fût le moins élevé possible. Ces trois trajets différent surtout par leurs tracés à l'approche de Langres.

-1°) Lux, Chazeuil, Le Pailly, Balesmes (construction d'un tunnel): longueur 72,21 km.

-2°) Is sur Tille, Heuilley-Cotton, Noidant, Balesmes (construction d'un tunnel): longueur 72,89 km

-3°) Is sur Tile, Heuilley-Cotton, Le Pailly et Chalindrey (tunnel de Culmont): longueur 68,63 km.

Ces trois lignes devaient franchir par un tunnel, le seuil entre les bassins de la Marne et de la Saône. Mais la construction d'un tunnel dans les deux premiers cas élevait le prix de revient alors que dans le troisième projet on envisageait d'utiliser le tunnel déjà construit de Culmont. Ce projet par Is sur Tille, Heuilley-Cotton et Chalindrey fut définitivement adopté en 1862. Mais il fut remis en question en 1864 car pour répondre aux impératifs militaires, la ligne devait aboutir dans Langres même. Or rejoignant la ligne Paris Mulhouse avant le tunnel de Culmont, la ligne Dijon Langres devait nécessairement passer au pied de la ville.

Construite à partir de Dijon, cette ligne ne fut achevée qu'en 1875 retardée par la guerre de 1870/1871. En 1874, elle était partiellement en service entre Is sur Tille et Vaux sous Aubigny. Elle fut électrifiée en 1964/1965.Cette ligne est importante car elle assure la liaison directe entre la Lorraine, le nord-est, les pays frontaliers et le sud-est, l'Espagne et l'Italie

Un silo à grains desservi par un embranchement particulier a été construit en 1938.

Malheureusement, la concurrence routière allait porter un coup fatal à la pérennité des "petites gares". Dès le début des années 1960, l'utilisation voyageur fut suspendue et la passerelle démolie en 1962. Le trafic des marchandises perdura jusqu'en avril 1976.

La gare étant devenue vétuste et exigeant trop d'entretien, elle fut démolie en 1990. Le linteau de pierre gravé avec le nom de la station qui se trouvait sur le bâtiment abattu, trône désormais sur la place du village, témoin lapidaire et muet d'une époque révolue.

Source: Les cahiers haut-marnais N° 58-59, 3ème et 4ème trimestres 1959, d'après un mémoire présenté en 1959 à l'école normale d'instituteurs de Chaumont par Roger Fillon.

Démolition de la gare 05_1990_2

Gare d'Heuilley-Cotton article journal

Le canal de la Marne à la Saône.

Historique.

Au XVIII ème siècle, les maîtres de forge, établis dans la vallée de la Marne, recherchant la possibilité d'expédier aux meilleurs coûts leur production, eurent l'idée de rendre la rivière Marne navigable à l'amont de Saint-Dizier puisqu'elle l'était déjà en aval.

La construction du canal de la Marne à la Saône fut réalisée en quatre temps.

Le premier tronçon, de Vitry-le-François à Chamouilley fut donc entrepris en 1863 et mis en service en 1866. La poursuite est alors réclamée pour desservir le bassin métallurgique situé au sud.

En 1870, les 72 km de canal de la Haute-Marne sont construits et permettent de rejoindre Donjeux. Il reste à réaliser les 152 km les plus difficiles et les plus coûteux pour que le canal de la Marne à la Saône devienne une réalité.

Les travaux pour atteindre le bief de partage de Balesmes, au sud de Langres, sont lancés en 1879 et en 1895, le premier bateau à vapeur rejoint Heuilley-Cotton, terminus provisoire du canal imposé par l'insuffisance des moyens financiers dégagés par l'état.

En 1900, la chambre de commerce et d'industrie obtient de contracter un emprunt pour finir cet ouvrage et c'est en définitive le 1er février 1907 que l'achèvement des travaux rendit possible la circulation sur toute la longueur. Le remboursement de l'emprunt sera assuré par un droit de péage à percevoir pendant cinquante ans, sur le tronçon d'Heuilley-Cotton à Licey sur Vingeanne (soit 39 km). Ces droits étaient perçus à l'écluse N°1 pour les péniches se dirigeant vers la Saône.

Caractéristiques.

Le canal de la Marne à la Saône, d'une longueur de 224 km traverse cinq départements (Marne, Meuse, Haute-Marne, Haute-Saône et Côte-d'or). Le canal est à bief de partage d'une longueur de 10 km situé sur le plateau de Langres, qu'il franchit par un tunnel de 4,820 km. Ce dernier délimite:

-Le versant Marne, d'une longueur de 152,420 km et compte 71 écluses rachetant une dénivellation de 239 m.

-Le versant Saône de 61,328 km de long qui comprend 43 écluses pour une dénivellation de 156 m.

L'alimentation du canal est assurée à partir de quatre réservoirs tous situés dans la région de Langres:

-Réservoir de la Liez, 15 300 000 mètres cubes de capacité,

-Réservoir de la Mouche, 7 700 000 mètres cubes de capacité,

-Réservoir de Charmes, 9 300 000 mètres cubes de capacité,

-Réservoir de la Vingeanne, 8 100 000 mètres cubes de capacité,

et est complétée, sur son parcours, par les apports des rivières de la Marne et de la Vingeanne, au moyen de prises d'eau aménagées à cet effet.

Anecdotes.

-A Heuilley-Cotton, on n'est pas content.

Il a fallu dévier la conduite d'eau de la source Sainte-Anne alimentant la commune. L'eau n'est plus assez abondante, une querelle s'élève. Le canal est-il fautif de ce manque d'eau? On le croit au village.

Le conseil municipal refuse de rétablir un branchement au service de la navigation, précédemment sollicité pour alimenter la maison du Touage. Le branchement avait été fermé et tamponné, mais il avait été réouvert quelques jours après par les gendarmes qui habitent en ce moment cette maison, après que des pourparlers aient eu lieu entre le service de la gendarmerie et le maire d'Heuilley-Cotton: "Nous avons entendu dire qu'il avait été convenu que le branchement resterait ouvert jusqu'au départ de la brigade de gendarmerie. Le service de cette arme ayant déclaré que la brigade serait retirée si le branchement était supprimé".

Dans son rapport du 4 septembre 1884, l'ingénieur en chef écrit: "Les difficultés qui existent entre le conseil municipal d'Heuilley-Cotton et le service du canal ne sont pas nouvelles. Elles ont vraisemblablement leurs origines dans la résistance que l'administration a été forcée d'opposer, lors des enquêtes parcellaires, aux prétentions exagérées de la commune qui n'allaient à rien, moins qu'à vouloir exiger l'empierrement de tous les chemins latéraux de défruitement dans le seul but de doter toute une contrée absolument privée de voies de communication, de chemins empierrés et viables, sans qu'il en coûte rien au conseil municipal. Le sous-préfet et le préfet ont dû, personnellement, intervenir à plusieurs reprises et ont été contraints de constater de l'inutilité de leurs efforts, en présence de l'opiniâtreté et de la passion du conseil municipal, passion poussée jusqu'à la dénaturation des faits et notamment dans la question de l'alimentation en eau de la maison qui sert aujourd'hui de caserne de gendarmerie". Qu'en est-il exactement? Une chose est certaine, on ne peut reprocher au conseil municipal de ne point soutenir les intérêts communaux!..

Délibération du conseil municipal.

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-Escarmouches à Heuilley-Cotton.

Dimanche dernier, des scènes de violence comme il ne s'en produit que trop souvent à Heuilley-Cotton, ont eu lieu à dix heures du soir. Une trentaine d'italiens menacent les gendarmes qui avaient arrêté un des leurs. Un détachement de vingt cinq hommes est envoyé sur les lieux. L'effectif du poste de gendarmerie d'Heuilley-Cotton est provisoirement porté à huit hommes, prélevés sur la brigade de Balesmes. La population de ce dernier village proteste, le maire démissionne.

-Grèves à Heuilley-Cotton.

..Ainsi, le 8 juin 1883, à Heuilley-Cotton, 500 ouvriers du tunnel se mettent en grève sous prétexte que leur salaire avait été diminué. Sous-préfet et ingénieurs des ponts et chaussées sont sur place. Par mesure de précaution, des détachements de troupe sont envoyés sur les lieux (Les grèves avaient pour objet essentiel de protéger la vie de l'ouvrier). Vivre pour lui, c'est ne pas mourir de faim.

Source: Guide touristique édité par les voies navigables de France, Le canal et quatre lacs au pays de Langres par Lucien Gallio-Boisselier (office du tourisme du plateau de Langres).